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La Franc-Maçonnerie…, mais qu’est-ce que c’est ?
Au Moyen âge, c’étaient les moines, bâtisseurs de cathédrales, qui se réunissaient à l’atelier avec des tailleurs de pierre et des maçons pour dresser des plans de construction, parler de géométrie et de statique. L’atelier, appelé aussi Loge, était surtout le symbole vivant d’une corporation qui pratiquait une étroite fraternité entre les maîtres de l’ouvrage, les compagnons et les apprentis. En vue de protéger les secrets de la construction, chaque atelier avait introduit des signes de reconnaissance et des symboles que seuls les membres de l’atelier connaissaient.
Au 17ème siècle la course à la construction de cathédrales toujours plus grandes, toujours plus majestueuses prit fin, et les tailleurs de pierres, les maçons, se répartirent à tout horizon. Et c’est ainsi que petit à petit, des hommes de lettres et des nobles prirent la place des maçons opératifs pour fonder des Loges guidées par les mêmes rituels, par les mêmes usages. Au lieu de construire des cathédrales, ils se fixèrent comme but de construire le Temple de l’Humanité. Entre 1670 et 1690, une trentaine de Loges furent fondées en Ecosse et puis, dès 1700, en Angleterre. Ce mouvement conquit rapidement le monde entier. En 1723, la première Constitution des FM fut adoptée par la Grande Loge d’Angleterre.
C'est à Genève, en 1736, qu'a été fondée la première Loge maçonnique de Suisse. En 1768, la Franc-Maçonnerie est arrivée à Zurich. Aujourd'hui, la Grande Loge Suisse Alpina dont fait partie notre atelier compte plus de 80 Loges avec 4’000 FM. Celle-ci est dirigée par un Directoire à la tête duquel se trouve actuellement Bruno Welti de Zurich, élu pour deux ans. Post Tenebras Lux qui vous reçoit aujourd’hui, est la seule Loge francophone régulière en Suisse alémanique. Elle a été fondée en 1970 et compte 27 membres.
L'image que l'on se fait de l'extérieur sur la FM n'est pas toujours flatteuse. En effet, le FM est souvent considéré comme un arriviste. Pour le grand public, la FM c’est l'image d'une fraternité dans ce que celle-ci a de plus mercantile, c'est l'image d'une société élitaire infiltrée à tous les étages de la vie politique, sociale et commerciale, et c'est aussi l'image d'une société secrète ou l'échec professionnel répété deux fois ne se pardonne jamais. J’espère pouvoir vous amener ce soir à une meilleure appréciation de la Franc-Maçonnerie.
La FM est en réalité une école de sagesse, une école d'éducation personnelle, une école où l'on cherche à travailler à l'amélioration morale et matérielle de l'humanité. Le FM doit être capable de devenir co-responsable du modelage de la Société, de l'Etat et de la Communauté des peuples - et ce - dans un esprit exclusivement guidé par la tolérance, par un humanisme fondé sur les droits de l'homme, sur la dignité humaine et sur l'amour du prochain. Les Loges, en tant qu’héritières des corporations de bâtisseurs de cathédrales du moyen âge, remplissent cette mission éducative.
Aujourd'hui encore, la constitution de 1723, appelée aussi « les Anciens Devoirs de 1723 » constitue l'obligation fondamentale des FM. En voici les points marquants:
Le FM est un homme libre et de bonnes moeurs
Le FM n'est jamais un athéiste stupide, ni un libertin irréligieux
Le FM travaille à la gloire du Grand Architecte de l’Univers
Le FM s'engage à respecter les lois de son pays. Par la modération de ses paroles, de ses écrits et de ses actes, il contribuera à conserver la paix intérieure
Le FM oeuvre pour le bien-être moral et matériel de l’humanité
Si un Frère se trouve dans le besoin, les autres doivent l'aider ou indiquer comment on pourrait l'aider
La FM s'emploie à la construction d'un monde juste. Elle s'appuie pour ce faire sur le Grand Architecte de l'Univers que les chrétiens appellent Dieu. Considérer Dieu comme un Architecte découle de la Bible et doit être interprété symboliquement. Cette interprétation reste évidemment très individuelle. C'est ainsi que pour les uns, la FM est déiste c.à.d. qu’elle croit en un être suprême, transcendant à l'homme, moteur de l'Univers, pour les autres, elle est théiste c.à.d. qu'elle admet l'existence personnelle de Dieu et de sa constante révélation par ses actions providentielles.
La FM n'est pas une religion. Elle n'est pas mon plus une association religieuse ou ecclésiastique. Dans notre éducation, nous n'utilisons aucune Force dite surnaturelle, religieuse ou magique. Les rumeurs de nos messes noires sont nées de la fantasmagorie de personnes à l’esprit fort limité. Nos cérémonies n'ont aucune vertu sacramentelle. Nous ne mettons pas en cause la Grâce ou le Salut Céleste qui restent réservés à la foi et à l'église. Nous ne demandons à nos FF aucune profession de foi religieuse unique. Nous nous efforçons de réunir dans nos rangs des FF de différentes religions et de développer entre eux une profonde fraternité basée sur la tolérance réciproque.
Nous trouvons d'ailleurs dans les rangs de la FM, des hauts dignitaires catholiques, des prêtres, des pasteurs, des rabbins et des ministres d'autres religions.
La Bible, Livre Saint, livre de la Loi Sacrée, appartient à notre symbolisme. Elle se trouve toujours sur l'autel du Vénérable, ouvert au premier chapitre de l'Evangile de St. Jean, patron des FM. La Bible symbolise pour nous - au même titre que le Coran ou la Thora - la Loi morale, la valeur du Vrai, du Beau, du Bon, du Sublime.
Pour le FM, l'humanisme est un idéal sacro-saint. Quand je dis humanisme, je ne veux pas dire que la FM place l’homme au centre du monde comme le concevait Protagoras 480 BC. Le Centre du monde est occupé par le Grand Architecte de l’Univers. Pour nous, l’humanisme signifie une aspiration sans limite vers la dignité humaine. Pour le FM, l'humanisme implique le respect de tous les hommes, nonobstant leur origine, leur état social, leur confession, leur nationalité, leur couleur. Une telle « doctrine » exige la reconnaissance inconditionnelle des droits de l'homme c.à.d. du droit à la liberté personnelle, à la liberté d'expression, à la liberté de conscience, à la liberté de foi, du droit à la propriété intrinsèque. La Franc-Maçonnerie ne fait pas de politique. Par contre, chaque FM s'intéresse à tous les problèmes de la Société et de l'Etat qui pourraient toucher ses principes de tolérance et/ou contredire ses idéaux d'humanisme.
Il est évident que la FM, et tous les défenseurs d'une telle doctrine, n’auront jamais et ne trouveront jamais l'approbation d'organisations ou de régimes fondés sur l'absolutisme, le totalitarisme, le dogmatisme ou encore l’approbation des groupes d’intégristes/fondamentalistes. Et partout où quelqu'un croit posséder la dernière vérité ou déclare en être le porteur, il est évident que ce quelqu'un se trouve en conflit ouvert avec la FM. Nous pensons qu’une vérité qui n'est pas libre n'est jamais une vraie vérité. La vraie vérité, qui n’est jamais une certitude, exige de nous une recherche et une remise en cause constante. Et celui qui croit l'avoir trouvé définitivement, la Vérité, l'a en fait déjà perdue.
Et c'est dans ce contexte que les différents entre Rome et la FM trouvèrent leur raison d'être. Clément XII, dans sa bulle “In eminenti” condamna en 1738 la FM, et les FM furent excommuniés. Entre 1738 et 1918 il n'y eu pas moins de 12 bulles papales interdisant la FM, qualifiée de société secrète et dangereuse. Le 2ème concile du Vatican a remis les pendules à l'heure. Le droit canon ne parle plus de l'excommunication des FM. Mais il semble que dans la Curie romaine, le relativisme maçonnique ait déclanché un conflit entre dignitaires fondamentalistes et les libéraux, ceci au même degré d'ailleurs que les conflits qui les opposent au sujet du célibat, de l'homosexualité ou de la règlementation des naissances.
La FM est-elle vraiment une société secrète et dangereuse comme beaucoup le prétendent? Chers amis, nous n'avons rien à cacher, nous n’avons pas de secrets, mais il est vrai que nous sommes une société fermée et discrète.
Chaque homme libre et de bonne réputation peut devenir membre d'une Loge. Celle-ci décide démocratiquement de son admission. En entrant dans la FM, le Frère s'engage d'abord à travailler sur lui-même, puis à oeuvrer à la construction d'une humanité où règnent la justice et la dignité humaine. Il s'engage aussi à pratiquer la plus grande tolérance et l'indulgence vis à vis des convictions, des idées et conceptions d'autrui qu’il ne peut partager.
Une société secrète et dangereuse ne divulgue ni ses activités, ni ses buts, ni le nom de ses membres, et encore moins ses règlements internes. Nous en avons eu la preuve avec la secte du Temple du Soleil, ou encore l’Opus Dei. Notre constitution par contre, est déposée officiellement. Nos activités caritatives font régulièrement l'objet d'articles dans la presse, bien que la FM ne soit que rarement nommée directement. Les buts et les bases spirituelles de la FM sont également connus. Ils sont publiés dans la revue mensuelle "Alpina" qui peut être achetée en librairie. Le numéro Alpina de Mai 2003 traite par exemple de la « globalisation et la mondialisation » et du rôle de la Franc-Maçonnerie. Les noms de nos administrateurs et les auteurs des différents articles sont cités. Il appartient toutefois à chaque FM de décider du si et du quand de son « coming out ». C’est pourquoi ce soir, quelques Frères ont préférés s’absenter.
Ni nos cérémonies, ni nos rituels sont secrets ou servent à des complots dangereux. On peut les acheter en librairie, dûment commentés. Tout est dévoilé. Le vrai secret maçonnique n'a rien à voir avec nos rituels et nos cérémonies, mais il est le point qui soulève chez les profanes le plus de questions, crée le plus de doutes et donne lieu à de nombreuses critiques.
Le secret maçonnique est pour beaucoup synonyme de comportement louche, de pratiques immorales, de messes sataniques. C'est autour de cette question que se sont réunis d'ailleurs tous les ennemis de la FM.
Le secret maçonnique n'est en réalité rien d'autre que l'évènement de l'Initiation proprement dite. Le secret maçonnique est un secret initiatique, c'est un secret du coeur, un secret vécu, personnellement vécu, et il faut le souligner, incommunicable parce que le profane qui en reçoit ou qui en lit le récit, aussi précis et détaillé soit-il, n'est pas l'initié.
Etant catholique, je compare volontiers et très respectueusement, le secret maçonnique avec le mystère vécu lors d’une première communion. En effet, le sentiment de bonheur, de reconnaissance et de paix intérieure provoqué par ce sacrement est incommunicable et reste seul le secret individuel d'une âme, incompréhensible pour tous ceux qui n'ont pas vécu cet instant.
La FM est un ordre initiatique. L'initiation est un processus qui tend à réaliser - sur le plan psychologique - le passage d'un état dit « inférieur » à un état dit « supérieur », sans aucune connotation péjorative. L'initiation opère ainsi - par une série d'actes symboliques - la transformation du profane en un initié. L'initié passera avec les années, et au fur et à mesure du degré de ses connaissances, du stade d'apprenti au stade de maître. Chaque grade connaîtra son propre rituel, chaque grade aura sa propre initiation. Les livres en vente en librairie décrivent ces différents rituels. En voici, en résumé, le sens profond.
Au premier grade, le grade d'apprenti, le nouvel initié passe symboliquement de la mort à une nouvelle vie, nouvellement orientée, et durant laquelle il devra travailler la « pierre brute », c.à.d. travailler sur lui même en vue de découvrir sa personnalité, de la développer vers un plein épanouissement et d' apprendre les règles fondamentales de la tolérance et de l'humanisme maçonnique.
Au deuxième degré, le Compagnon commence à mettre en pratique les enseignements du 1er degré. Il sera constamment appelé à se surveiller afin de ne pas devenir trop présomptueux.
Le troisième degré, celui de Maître, confère au FM l'obligation et la pleine responsabilité pour oeuvrer au bien être de l'humanité. Le Maître a pour tâche de mettre sans réserve son savoir et son savoir-faire au service du prochain. En allant vers l'homme, en rencontrant l'homme, le FM Maître se fait homme lui-même.
Le FM est l'homme de la tradition, c.à.d. de ce qui est transmis, de ce qui fait vivre le passé dans le présent. Le symbolisme qui désigne l'usage des symboles remonte à la préhistoire. Suivant le contexte qui est lui associé, le symbole évoque, focalise, assemble et concentre - de façon polyvalente - une multiplicité de sens et de significations.
On sait que certains objets et outils jouent un rôle important dans l'enseignement maçonnique. Par les gants blancs que nous portons, nous voulons démontrer les intentions correctes et pures qui inspirent nos oeuvres et dirigent nos actions.
Le tapis que vous voyez devant vous laisse apparaître de nombreux symboles. Je vous en donne maintenant une de quelques interprétations courantes:
- Le compas est le symbole de la mesure et de la pondération,
- l'équerre celui de la rectitude dans l'action,
- le maillet indique la volonté dans l'application,
- le ciseau le discernement dans l'investigation,
- La houppe dentelée marque la fraternité et l'union de tous les FF du monde,
- le pavé mosaïque représente le positif et le négatif de la vie, la lutte entre l'esprit et la matière, la lutte entre le bien et le mal,
- les trois fenêtres symbolisent la lumière et la chaleur fraternelles qui règnent dans le temple,
- les trois marches nous rappellent les degrés de l'initiation et les efforts à accomplir pour passer du plan matériel au plan spirituel.
La flamme des trois piliers qui entourent le tapis représente pour nous la Sagesse qui doit diriger nos actions, la Force avec laquelle nous devons les accomplir et la Beauté avec laquelle nous devons les décorer.
Et c'est chaque semaine, grâce à nos rituels, que nous sommes confrontés à ces symboles. Et c'est chaque semaine, par ces symboles, que les FM accomplissent leur formation d'Homme.
Après tout ce qui a été dit, vous pouvez vous demander si les FM se prétendent être meilleurs que les autres hommes. Il est évident que le fait - pour l'ordre maçonnique - de se fixer certains objectifs et d'avoir de bonnes intentions, n'implique pas pour autant que ces buts soient atteints. Ne dit-on pas : « l’enfer est pavé de bonnes intentions ! »
A l'instar de tout homme raisonnable et sincère avec lui-même, le FM est conscient de ses limites et de ses imperfections par trop humaines. Quel que soit son grade, le FM restera toujours un apprenti, curieux de savoir, avide de recherche, remettant ainsi toujours tout en cause, même sa propre personnalité, en permanence, tout en conservant une certaine humilité.
Malgré toutes nos imperfections, nous croyons fermement que :
- le FM restera l’homme qui saura toujours défendre les droits de l’homme,
- le FM restera l’homme d'espérance dans le temps du désespoir,
- le FM restera l’homme qui s’emploiera à soulager les misères de l’humanité,
- le FM restera l’homme qui saura soutenir les esprits qui souffrent,
- le FM restera l'homme de parole sur lequel on pourra toujours compter
L'espérance, l’espoir, n'est pas seulement un stimulant, c'est aussi un processus vital qui permet à l'homme de ne pas craquer suite à l'assaut des vagues et des tempêtes de la vie. Parce que l'homme n'a pas toujours la possibilité de modifier le cours des évènements, la FM, avec le but humaniste précis qu’elle s’est fixée, restera plus que jamais une planche de sauvetage moderne. Elle le restera toutefois aussi longtemps que le FM ne faillirapas à son obligation de tout faire pour son prochain et pour le bien des hommes, à la gloire du Grand Architecte.
7.4.2003
mg
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