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UNE LOGE FRANCOPHONE A ZURICH
La loge maçonnique Post Tenebras Lux, n° 52, (PTL) est aujourd’hui bien implantée à l’Orient de Zurich. Elle est colocataire des bâtiments du Lindenhof, au centre de la cité de la Limmat, avec sept autres loges de Saint-Jean.
Un peu d’histoire Afin de préserver ses relations avec la Maçonnerie régulière, la Grande Loge Suisse Alpina dut en 1965 se distancer des Obédiences non reconnues mais avec lesquelles elle avait en commun un passé historique. Cette évolution ne trouva pas l’accord de tous les Maçons suisses. C’est pourquoi de nombreux Frères romands déçus, mais souhaitant conserver des liens avec les ateliers français, décidèrent de fonder en 1967 la Grande Loge de Suisse.
Les romands arrivent à Zurich A la fin des années 60, la Grande Loge de Suisse, aujourd’hui Grand Orient de Suisse, chargea l’industriel Jacques Diserens de fonder le premier atelier francophone en terre alémanique. Le Frère Diserens, initié au Grand Orient de France et membre de la Loge Mozart et Voltaire à l’Orient de Genève, se mit alors à la tâche avec des Frères de sa Loge et une poignée d’autres Frères de Lausanne et de Paris. Ce travail porta ses fruits, puisque l’allumage des feux du nouvel atelier eut lieu le 19 mai 1970 à Zurich en présence de Frères venus de Suisse romande et de France. Le nom de la Loge avait été rapidement trouvé. En hommage à la Loge Mère à l’Orient de Genève et pour marquer leur appartenance à la Suisse francophone, les Frères fondateurs décidèrent de donner pour nom à la Loge la devise de la cité de Calvin: Post Tenebras Lux.
Pendant deux ans, ces Maîtres pugnaces se rendirent tous les quinze jours à Zurich pour occuper les plateaux d’Officiers et assurer ainsi le bon fonctionnement du nouvel atelier. Au bout de cette période, la Loge comptait suffisamment de membres bien instruits pour décharger les Frères de Genève, dont la valeur et l’engagement resteront gravés dans les annales de Post Tenebras Lux.
Durant les deux premières années, Post Tenebras Lux travailla sous les combles de la Villa Egli, une imposante demeure zurichoise sise dans le quartier de Seefeld, au bord du lac. Ce local étant devenu trop étroit, la Loge demanda abri auprès des « Odd Fellows » à la Falkenstrasse, à deux pas des bâtiments de la Neue Zürcher Zeitung et de l’Opéra.
Le Frère Jacques Diserens, Vénérable Maître en Chaire de PTL qui avait conduit l’atelier avec beaucoup de sagesse et d’enthousiasme devait malheureusement décéder le 3 janvier 1973 suite à une chute de cheval. La Loge eut beaucoup de peine à se remettre de ce triste événement. Heureusement que les Frères de Genève étaient à nouveau là pour apporter leur aide.
Un tournant décisif L’appartenance à la Grande Loge de Suisse allait bientôt s’avérer être un facteur d’isolement par rapport à la Maçonnerie zurichoise qui travaillait sous les auspices de la Grande Loge Suisse Alpina. Avant son décès, Jacques Diserens avait établi quelques contacts avec des Frères des Resp Loges Modestia cum Libertate à l’Orient de Zurich et L’Etoile du Jura à l’Orient de Bienne. Le CO en avait été informé sous la loi du silence. Dans l’intérêt de Post Tenebras Lux et après de nombreuses discussions au sein de la Loge, le successeur du F Diserens, le F Michel Gaillard fut chargé de poursuivre les démarches et de tenter un rapprochement fraternel avec la Grande Loge Suisse Alpina. Il fut aidé en cela par le F Maurice Henriod, membre de la Resp Loge Modestia cum Libertate. En date du 6 décembre 1973, les FF Gaillard et Plancherel se rendirent à la Chaux-de-Fonds pour communiquer officiellement au Très Respectable GM d’alors, le F Willy Wyser, leur intention de demander l’admission de PTL au sein de la GLSA. Cette demande fut accueillie avec beaucoup de bienveillance.
Malheureusement, tous les Frères de PTL n’approuvaient pas cette démarche, et une scission de la Loge devint inévitable. Douze Frères, fidèles à la Grande Loge de Suisse, fondèrent en 1974 une nouvelle Loge nommée « Justice et Vérité ».
Après de nombreuses et fraternelles tractations avec les membres du Directoire de la GLSA, il fut possible de trouver des solutions acceptables pour tout ce qui nous séparait, de sorte que le 5 avril 1974, une demande d’admission, signée par 15 Frères de Post Tenebras Lux, fut officiellement transmise au Directoire de la GLSA. A la même date, PTL donnait sa démission de la Grande Loge de Suisse.
C’est le 3 mai 1975 que l’Assemblée des Délégués de l’Alpina siégeant à Montreux accepta à l’unanimité la demande d’admission.
Le Collège des Officiers, sous la conduite du VMEC Michel Gaillard fut rectifié le 1er octobre 1975 au temple du Lindenhof, et l’allumage des feux du nouvel atelier eut lieu le 24 octobre de cette même année, en présence du Très Respectable Grand Maître Paul Bauhofer. Sur l’autel, la Bible avait remplacé le Livre Blanc, et les travaux furent ouverts en invoquant le GADLU, ce qui était une vraie nouveauté pour les F de PTL ! Cette cérémonie restera aussi marquée dans les annales de la GLSA. En effet, ce fut la première fois de son histoire que tous les Frères d’une loge étaient rectifiés « in globo », en leurs grades et qualités.
Les six Loges du Lindenhof, ainsi que des délégations des Loges de toute la Suisse s’étaient réunies pour nous accompagner et nous aider à franchir les marches devant nous conduire à notre nouvelle famille, la GLSA. Post Tenebras Lux venait de vivre sa résurrection maçonnique.
Rite et rituels Malgré sa nouvelle appartenance, Post Tenebras Lux a continué à travailler au Rite Français, plus fréquemment adopté par les Loges du Grand Orient que par les Loges d’obédiences dites régulières. Cette particularité est plutôt rare pour une Loge de la GLSA ! Rappelons ici, à toutes fins utiles, que l’on situe l’origine du Rite Français dans les années 1720, soit environ à la même époque que les Constitutions d’Anderson, qui datent de 1723. Les éléments de base du Rite Français tel que Post Tenebras Lux le pratique aujourd’hui étaient déjà présents à l’origine.
Les rituels originels de Post Tenebras Lux ont été remaniés, corrigés, refondus et mis en page au cours de ces dernières années. Ils ont dû subir quelques modifications pour être en conformité avec la Constitution, les Statuts et Règlement de la GLSA. Mais les membres de l’atelier avaient aussi à cÅ“ur de développer une réflexion critique sur la vie, sur la condition de l’être, sur notre époque ou encore sur la place de la Franc-Maçonnerie dans la société moderne. Le progrès n’exclut en rien la tradition, et chacune de ces deux notions peut même trouver son complément dans l’autre. Le remaniement des rituels procède de cette idée. Post Tenebras Lux devait se mettre à jour, sans pour autant renoncer à la force, à la sagesse ou à la beauté de la tradition. L’énorme travail fourni dans ce contexte porte aujourd’hui ses fruits, et les nouveaux rituels dûment approuvés par la GLSA donnent une nouvelle dimension spirituelle aux travaux de la Loge.
Travaux et fraternité Les travaux de notre Loge se déroulent toujours au Temple. Les tenues de l’atelier comportent généralement des planches présentées par des membres ou des visiteurs. Si les sujets sont très variés, l’esprit maçonnique demeure au centre des débats qui s’ensuivent, même si les échanges peuvent parfois être enflammés. N’oublions pas que Post Tenebras Lux est une loge d’origine latine !
A ce titre, il est bien entendu plus difficile de travailler et de recruter des candidats dans la région zurichoise. De plus, de nombreux Frères de Suisse romande ou des Frères d’origine française, initiés dans notre Loge, retournent souvent dans leur canton ou leur pays après un séjour de quelques années à Zurich. Ainsi, les colonnes s’éclaircissent presque au fur et à mesure qu’elles se remplissent. Et pourtant, initiations et affiliations confondues, cinq nouveaux membres sont venus rejoindre la Loge au cours des deux dernières années. C’est un beau succès dont nous pouvons nous réjouir.
Nous avons aussi souvent le plaisir d’accueillir des Frères visiteurs, francophones ou non, et notre nouveau Vénérable Roger Sigrist est membre d’honneur d’une Loge en Ecosse que nous avons visitée à plusieurs reprises. Certains des Frères de la Loge sont également membres réguliers d’autres Loges, en Suisse ou à l’étranger. Cette diversité est l’une des caractéristiques de notre atelier.
Actuellement, le Fr André Bamat, membre de PTL, est aussi le Grand Maître Adjoint de la GLSA. Il y a quelques années, le Fr Romolo Honegger, Grand Officier, faisait partie du Directoire. Mais Post Tenebras Lux reste une petite Loge et une enclave francophone à Zurich, ce qui lui confère un caractère familial, chaleureux et confidentiel, grâce auquel la fraternité et l’amitié s’épanouissent. A la fin de l’année 2008, Post Tenebras Lux comptait 27 membres permanents. Les tenues sont bien fréquentées. Le fait de travailler tous les quinze jours est l’un des héritages que nous ont laissés les Frères fondateurs, qui faisaient le trajet Genève-Zurich deux fois par mois aux débuts de Post Tenebras Lux.
V.I.T.R,I.O.L. En ces temps de crise et de misère morale, Post Tenebras Lux demeure une assemblée de Francs-Maçons convaincus d’Å“uvrer à l’amélioration de l’humanité en commençant par un travail sur eux-mêmes. L’environnement actuel ne doit pas nous faire oublier pourquoi nous sommes membres de la Franc-maçonnerie universelle. Tailler la pierre brute est un privilège, mais aussi un devoir. L’un de nos buts est en effet le perfectionnement moral et matériel de l’humanité. Et, dans ce contexte, l’un des plus grands défis de Post Tenebras Lux à l’avenir sera sans doute de continuer à défendre, à vivre et à transmettre des valeurs qui ont tendance à disparaître de plus en plus.
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